DÉDICACE D’UN LIVRE ? MAIS NON, PLUTÔT UN RÉSEAU DE CONSPIRATEURS MIS À JOUR !

5 Mar 2024 | Culture et cinéma

Les voies de Dieu sont insondables, dit-on. En se rendant le samedi, 24 février, à la cérémonie de dédicace du livre intitulé “Mali, le défi du terrorisme en Afrique” dont l’auteur serait un haut gradé de la gendarmerie nationale malienne, Colonel Alpha Yaya Sangaré, les Maliens accourus, civils et militaires, savouraient la fierté de venir célébrer un digne élément de nos forces armées et de sécurité, qui a pris la plume pour éclairer les nationaux et les Africains sur le problème récurrent du terrorisme qui affecte tant la vie nationale et africaine.  Les galonnés étaient ceux-là qui arboraient le visage le plus rayonnant si l’on en croit les participants qui, pour magnifier la présence kaki, ont décrit la scène en disant que c’est le gotha de la Grande Muette qui s’était mobilisé pour la circonstance, d’autres affirmant même que c’est la crème de l’armée qui y était, ce qui est compréhensible. Mais l’instant partagé de joie a vite tourné au cauchemar, quelque chose n’a pas tourné rond. En effet, à part les initiés du “komo” du jour, tout le monde est sorti de la salle avec le sentiment net que le bon Colonel ne devrait pas être le vrai auteur du livre, autrement dit ce n’est pas lui-même qui a écrit l’ouvrage, qui était pourtant censé être tiré de sa thèse de doctorat en sciences politiques. Ce sentiment contrariant n’est pas né de rien, le Colonel Alpha Yaya Sangaré était gêné aux entournures au détour de chaque question sur son œuvre, indicatif évident qu’il n’avait aucune maîtrise de son sujet : il n’a tout simplement pu répondre à aucune question sur le contenu de ce qui serait “sa propre” œuvre. S’ensuivit une semaine de questionnements qui n’ont pas cessé de tarauder les esprits. Et voilà que tombe, comme mars en carême, le vendredi, 1er mars, le communiqué du ministère de la Défense et des anciens Combattants, qui déclare se démarquer du contenu du désormais fameux livre dont des paragraphes, non pas quelques lignes, incriminent fortement l’Armée accusée d’être la coupable de multiples exactions. On se demande légitiment pourquoi, lors de la cérémonie de dédicace du bouquin, personne parmi les cadres civils et militaires haut perchés, que l’on peut créditer d’attention et de vigilance particulières, n’a eu connaissance des paragraphes en question, La raison nous incite, logiquement, à croire que les paragraphes incriminés ont été soigneusement occultés par un de ces black-out bien orchestré, pour des fins aisément compréhensibles. Plus grave, voire pire au regard du contexte malien et de l’AES, étaient royalement présents les ambassadeurs du Qatar, de l’Arabie saoudite et surtout des États-Unis, alors que ceux de la Russie, de la Chine, de la Türkiye, de l’Iran, entres autres de nos partenaires stratégiques, étaient curieusement absents. Que c’est très grave cette histoire ! En levant le couvercle sur la naissance en France, d’une mère africaine non malienne du Colonel Alpha Yaya Sangaré, et conséquemment de sa double nationalité (française et malienne), en projetant la lumière sur ses liens resserrés avec le Colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, de l’amitié très ancienne entre le père du premier et le beau-père du deuxième, on a une certaine lecture. Pour dire un mot sur la présence de l’ambassadeur yankee à la cérémonie de dédicace du livre, on a une autre lecture, qui présage d’un plan concerté. En effet, Madame Rachna Korhonen conditionnait, le 15 février dernier, les relations entre le Mali et l’Amérique à de prochaines élections qui, seules, “ouvriraient des opportunités pour une coopération supplémentaire” ! Et, liant l’acte à la parole, elle organisa, une semaine après, le 22 février, la venue au Mali des experts américains qui ont échangé avec le moribond Cadre des partis et Regroupements de partis politiques “, rencontre au cours de laquelle il a été fortement question de réorientation de la politique américaine au Sahel en s’appuyant sur les partis politiques.

Indéniablement, les évènements sont liés. Le livre du Colonel Yaya Sangaré, officier malien (mais français aussi) a été écrit ailleurs pour une cause dont la motivation saute aux yeux. Il y a une conspiration (un réseau conspirationniste) mis à jour, qui a des ramifications nombreuses. C’est gravissime pour le Mali : on ne sait plus contrôler la sortie d’un livre aussi séditieux, qui jette carrément l’opprobre sur notre Armée nationale. La France, elle, a trouvé ses bons choux gras, elle va inonder le monde avec et l’enverra partout, singulièrement à l’ONU comme preuve de ce dont celle-ci accuse le Mali depuis de longs mois. Pourquoi un militaire malien, haut gradé, au regard de la géopolitique actuelle, va publier chez un éditeur français ?  Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le brûlot du Colonel Sangaré était pourtant bien en vente à Bamako dès décembre 2023. Le plus écœurant est que le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, au lieu de reconnaître sa faute et présenter des excuses au président de la Transition, à l’Armée nationale et aux Maliens, fait une ignoble fuite en avant en publiant un communiqué prétextant qu’il était allé à titre personnel à la cérémonie qu’il a présidée au nom du chef de l’Etat, Chef suprême des Armées, le parrain donc. Mais non, on a trompé le Président Assimi Goïta, on l’a induit en erreur, on a abusé de sa confiance, dans cette affaire comme dans plusieurs autres. Tous les impliqués, des coupables, doivent se démettre, c’est le moins. Vite !

Amadou N’Fa Diallo

Source : journal Le National n° 595 du lundi, 04 mars 2024.

Vous serez peut-être aussi intéressé par …

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *