Esclavage dans le Kaarta : les rescapés à Mambiri dans la précarité !

14 Nov 2023 | Société

Voulant se rebeller contre la condition d’esclaves à laquelle elles sont soumises dans le Kaarta, et après plusieurs mois d’embargos et de violences physiques, des familles entières ont été contraintes à fuir pour sauver leurs vies. Accueillies par les autorités communales et coutumières de Mambiri, dans la commune de Souransan-Tomoto, les déplacés font face à un drame socio-économique.

Mambiri. Une bourgade située à 45 km de Kita qui est distante de 182 km de Bamako. Aux dires du maire, de Souransan-Tomoto, Monciré Coulibaly, en janvier 2019, Mambiri comptait 1296 habitants. Avec l’afflux de déplacés fuyant l’esclavage, 1736 personnes se sont ajoutées. « Le premier défi à nous posé, était de satisfaire les besoins alimentaires de cette population, dans notre zone où l’agriculture est la principale activité de survie. Sans un accès équitable à la terre pour les nouveaux arrivants, Mambiri et ses hôtes risquent de connaître une crise profonde », explique l’édile.

Des structures non gouvernementales, comme GIZ, Plan-Mali, la société civile de Kita et des particuliers ont apporté des appuis aux premières heures. De nouvelles salles de classes ont été construites pour accueillir les nouveaux élèves et un second cycle a été ouvert pour le village. « Mais, le plus urgent est de soulager les parents en leur créant les conditions pour leur autonomie », témoigne le maire, Monciré Coulibaly.

Le chef du village de Mambiri, Baye Diakité, estime qu’il est normal d’accueillir dignement les Maliens en détresse. Cependant, il souligne l’urgence pour les autorités d’octroyer des terres agricoles supplémentaires, au-delà des permis d’exploitation limités par une forêt classée, afin de répondre aux besoins pressants de la population.

Yaya Sidibé, un septuagénaire de Birsibougou, a tout abandonné pour se réfugier à Mambiri. Agriculteur et éleveur, il n’a pu prendre ni nourriture ni troupeau pour sortir de Birsibougou. Espérant une justice qui lui rendrait ses biens spoliés, M. Sidibé appelle les autorités à prendre en compte l’urgence d’obtenir des terres pour nourrir sa famille.

Fatoumata Traoré, originaire de Sakora, a fui vers Mambiri en raison des agressions et des restrictions liées à elle imposées. Bien que libre à Mambiri, le manque de terres agricoles pour subvenir aux besoins de sa famille reste pour elle un défi majeur. « Les autorités administratives locales ont fait de leur mieux avec la construction de nouvelles salles de classes permettant d’accueillir nos enfants mais, l’écolage reste à notre charge, or, nous ne disposons pas d’autres moyens en dehors de l’exploitation de la terre pour répondre à l’ensemble de nos besoins », a-t-elle ajouté.

Fanta Diarra, chassée de Birsibougou, témoigne, des six mois de harcèlement et d’embargo qu’a subi sa famille en raison de son refus de se plier aux pratiques esclavagistes. « Les enfants n’étaient mêmes pas épargnés de cette barbarie d’autres époques. Vous pouvez déjà imaginer le traumatisme que cela peut porter aux enfants », témoigne Mme Diarra. Elle exhorte les autorités compétentes à agir rapidement pour éviter une crise humanitaire à Mambiri.

Le manque d’accompagnement sur le plan humanitaire selon le coordinateur de l’association Rassemblement Malien pour la Fraternité et le Progrès (Rmfp-Gambana), Makan Tougahé Touré de Birsibougou actuellement à Bamako, pointe du doigt, les politiques et autres cadres du Kaarta, les accusant de refuser que l’aide humanitaire parvienne aux victimes.

Le maire de Souransan, Monciré Coulibaly, confesse que cette hypothèse n’est pas à exclure. M. Coulibaly témoigne avoir été déconseillé à venir en aide à ces personnes en détresses.

Le récit de ces déplacés souligne l’importance cruciale d’une action immédiate pour assurer l’accès équitable à la terre et prévenir une crise humanitaire imminente à Mambiri. Nous vous invitons à suivre très prochainement la suite des plaintes et des mandats jamais exécutés contre les responsables présumés des agressions et autres abus ayant conduits à ces vagues de déplacement du Kaarta vers le Mandé.

Affaire à Suivre !

Gabriel Djawuro Tiénou

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