Mes derniers mots pour Daniel Amagoin TESSOUGUE !

14 Juin 2023 | Justice

Plus qu’une vie, un simple témoignage vivant. Je me suis simplement demandé comment te pleurer. Permets-moi de trouver la solution la plus simple : simplement témoigner, témoigner pour ta postérité. Car plus qu’une vie, ta vie aura simplement été un témoignage. Pour que les hommes voient et y croient. Croire et comprendre qu’il est possible de vivre dans la droiture. Croire que l’on peut bien vivre détaché de tout matériel. Défendre ses idées sans relâche et surtout les assumer en toutes circonstances.

Ta rencontre tardive, en 2005, a transformé ma vie. Quand tu arrivais au Bureau du Vérificateur Général, tu imposais déjà ta présence. Par ton élégance, ta foi en la droiture, ta foi au Mali tout simplement. Mais surtout ta foi en cette jeunesse que nous incarnions. Nous avons ainsi eu la chance d’exécuter des missions difficiles mais exaltantes sous ta conduite. J’entends encore cette voix : « Habib, ne laisse personne t’intimider dans ta mission, mais reste courtois en étant ferme ». Je te revoyais Procureur Général, presque au sommet de ton art. « Nul n’étant prophète chez soi… », c’est à Ouagadougou à la Cour de Justice de l’UEMOA que je te revoyais, lorsque ma mission d’avocat m’y conduisait. Tu m’as invité à la rentrée de la Cour, comme par effraction parmi les seuls invités qu’étaient les bâtonniers de l’espace UEMOA. J’ai été fier ce jour-là d’être malien. Je ne réalisais pas encore la chance que j’avais de te côtoyer jusqu’à ce dimanche fatidique. En effet, j’ai constaté que tu étais resté le même, tout ce temps.

Monsieur le Procureur du tribunal de Ségou, Président du SAM, Monsieur le chef de cabinet, Secrétaire Général, Monsieur le contrôleur d’État, Monsieur le Vérificateur, Monsieur le Procureur Général, Monsieur le Président de la Cour de justice de l’UEMOA. Humble mais ferme, courtois mais véridique. Incompris de nombreux collègues et supérieurs, tu es resté le même partout, debout face à toutes les épreuves. C’est cela qui te vaut aujourd’hui l’unanimité des honneurs et témoignages. Tu n’as pas vécu en vain. Plus qu’une vie, ta vie aura été un témoignage. Tu n’es pas mort puisque tu as fleuri et donné des fruits. Tu as inspiré des générations entières, suscité de nombreuses vocations et redressé de nombreux collègues.

Alors que nous nous préparons à t’accompagner dans ta dernière demeure malienne, je ne peux qu’espérer que tu puisses continuer à germer. Il ne me reste qu’à souhaiter que tes enfants fleurissent. Tu as engendré des Malick COULIBALY, Nourou LY et tant d’autres qui feront certainement la fierté du Mali. Tu as formé tant d’étudiants, d’auditeurs devenus de grands magistrats. Tu nous as laissé des œuvres écrites, dont ma préférée, « Conjuration ». Maintenant, tu peux enfin te reposer. Car pour toi, la vie aura sans aucun doute été un combat éternel. Ton combat a été de vivre en digne et loyal magistrat.

En te disant au revoir, permets-moi de partager certaines de tes déclarations léguées à la postérité, sur ta conception du Renouveau de la justice : « Corruption et justice ne font pas bon ménage, tout juge corrompu doit être complètement écarté… ». « Quand quelqu’un est en prison dans sa tête…, vous aurez détruit tous les murs qui l’entourent, il sera toujours en prison dans sa tête ». « Le ministre a dit, ce n’est pas la Loi qui l’a dit, ce qui vous est imposé, c’est ce que dit la Loi ».  « Il faut que nous ayons une magistrature réellement debout avec des gens réellement conscients de leur responsabilité ». « Souvent, nous sommes dans des connivences qui ne font pas honneur au corps… On n’a à couvrir personne, quelqu’un qui se met hors la Loi est hors la Loi, on le tape comme un délinquant, comme un vulgaire délinquant ».

Cher ami, ta vie aura simplement été un témoignage biblique ! Merci à ta famille pour l’éducation chrétienne et humaine qu’elle t’a enseignée. Pars, tu resteras éternellement grand ! Tu as résisté à toutes les tentations ! Sois assuré que ton souvenir restera gravé à jamais dans le cœur des Maliens !

Maître Alifa Habib KONE

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