Modes d’accession au pouvoir : Un regard sur l’histoire et le cas du Mali !

22 Juil 2023 | Politique

Dans la société des hommes, le pouvoir a été transmis de diverses manières au cours de l’histoire. Ces modes d’accession au pouvoir ont joué un rôle crucial dans la formation des sociétés et ont façonné le destin de nombreuses nations. Dans le cadre de la formation sur le Droit et les contentieux électoraux au Mali, initiée par Unitar-Infj, une session entière a été consacrée aux modes d’accès au pouvoir dans l’histoire du Mali, des empires à nos jours.

L’une des formes les plus anciennes et répandues de transmission du pouvoir est la succession héréditaire, où le pouvoir est transmis de père en fils ou de mère en fille. Ce mode de transmission a été fréquemment observé dans les régimes monarchiques et traditionnels, où les dynasties royales se succédaient de génération en génération. Dans ces cas, l’appartenance à une lignée aristocratique, guerrière ou maraboutique jouait un rôle déterminant dans l’accès au pouvoir.

Dans certains contextes, le tirage au sort a été utilisé pour désigner les dirigeants parmi une élite compétente. Cette méthode visait à offrir une chance égale à chaque personne qualifiée d’accéder au pouvoir, éliminant ainsi les inégalités sociales liées à la naissance ou au statut. Le tirage au sort était considéré comme un moyen de promouvoir une démocratie égalitaire.

Il est bon de noter que les révolutions et les coups d’État ne datent pas d’aujourd’hui et sont des moyens radicaux de renverser l’ordre constitutionnel en place. Les révolutions impliquent généralement une mobilisation populaire pour contester le pouvoir établi et instaurer un nouveau régime, tandis que les coups d’État sont souvent menés par des groupes militaires ou politiques pour renverser le gouvernement de manière illégale et souvent violente.

Ensuite, les élections sont devenues un mode privilégié d’accession au pouvoir dans les sociétés démocratiques. Elles permettent au peuple de choisir ses dirigeants par le biais d’un processus de vote libre, transparent et crédible. L’alternance politique, qui survient lorsque des partis de courants politiques différents se succèdent au pouvoir à travers des élections, est considérée comme un moyen essentiel de renouvellement de la classe politique et de prévention de l’accaparement du pouvoir par une personne ou un groupe restreint.

L’histoire du Mali est riche et remonte au IVème siècle, avec les premières organisations politiques émergentes. L’arrivée de l’islam a influencé la transmission du pouvoir dans la région, notamment avec l’empire du Ghana qui adopta le modèle arabo-musulman de succession héréditaire du pouvoir. Ce modèle a perduré pendant des siècles au Mali, où des royaumes et empires se sont succédé en appliquant la transmission du pouvoir de sang. Dans certaines communautés du Mali, l’accès au pouvoir était réservé à une élite aristocratique, guerrière ou maraboutique selon des critères discriminatoires. Des regroupements identitaires par classes d’âge ont été utilisés pour désigner le dirigeant avec le consensus des pairs, comme ce fut le cas lors de la fondation du royaume Bamanan de Ségou au XVIIIe siècle.

La colonisation française a rompu cette dynamique, introduisant des règles étrangères aux traditions locales. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, que les colonisés africains ont obtenu le droit de voter et de participer à des compétitions multipartites pour choisir leurs dirigeants.

Avec l’indépendance du Mali en 1960, l’élite postcoloniale a abandonné les modes traditionnels d’accès au pouvoir au profit de modèles conformes à l’occident. Le scrutin électoral est devenu la principale source de légitimité pour l’exercice du pouvoir, privilégiant ainsi une démocratie basée sur des élections libres.

Dans une démocratie, les élections représentent le mode privilégié de transmission du pouvoir. Elles traduisent le consentement du peuple en autorité et légitimité. Des élections libres, transparentes et crédibles sont essentielles pour permettre l’alternance politique, empêcher la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule personne ou d’un groupe restreint, et favoriser le renouvellement de la classe politique.

Cependant, l’instauration d’une démocratie pluraliste au Mali après 1991 a été confrontée à de nombreux obstacles, notamment des contestations électorales permanentes et des coups d’État militaires répétés. Ces défis ont remis en question l’efficacité du modèle démocratique dans la résolution des problèmes de développement socio-économique.

En conclusion, les modes d’accession au pouvoir ont évolué au fil de l’histoire, reflétant les valeurs et les aspirations des sociétés. Au Mali, l’histoire politique a connu un passage de la transmission héréditaire du pouvoir à un système électoral démocratique. Bien que les élections soient souvent considérées comme le meilleur moyen d’assurer une gouvernance démocratique, leur mise en œuvre peut être complexe et faire face à des défis. La stabilité politique et le développement socio-économique dépendent en fin de compte de la manière dont ces défis sont relevés et résolus par la société et ses dirigeants.

Djawuro Tiénou

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