Valorisation des Chefs de Villages au Mali : Une Bombe à Retardement Historique

3 Oct 2023 | Société, Uncategorized

La réhabilitation des autorités traditionnelles au Mali, symbolisée par la remise d’une médaille distinctive aux chefs de villages par les plus hautes autorités de la transition, est une initiative louable. Cependant, derrière cette reconnaissance se profile l’ombre d’un conflit ancestral hérité de l’ère coloniale, créant un compte à rebours pour une bombe à retardement historique.

Nombreux sont les villages au Mali qui, depuis l’époque coloniale, se retrouvent avec deux chefs distincts : l’un coutumier et l’autre administratif. Ce modèle imposé pendant la colonisation est aujourd’hui source de tension. Comprendre l’histoire de cette dualité devient crucial pour éviter que des conflits latents ne ressurgissent et pour prévenir des divisions au sein des communautés.

L’histoire révèle qu’au cours de la pénétration française en Afrique de l’Ouest, les rois vaincus et les chefs de villages résistants furent destitués. Des individus plus enclins à se soumettre au colon prenaient alors le pouvoir, souvent au détriment des autochtones. Certains de ces dirigeants, sans légitimité, ont régné par la terreur, engendrant une rivalité persistante entre les familles et les villages.

Après les indépendances, certaines chefferies ont été restaurées aux héritiers légitimes, mais beaucoup de villages n’ont pas connu ce changement. Les chefs de villages instaurés pendant la période coloniale ont souvent été reconduits par l’administration post-coloniale, perpétuant ainsi la dualité entre un chef de village coutumier et un autre administratif.

La récente valorisation des chefs de villages soulève la question cruciale de la légitimité de certains de ces dirigeants imposés pendant la colonisation. La médaille distinctive, initiée par le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, est attribuée aux chefs de village administratifs, parfois étrangers à la communauté, avec un passé peu reluisant. Les autorités coutumières, pourtant légitimes, sont souvent marginalisées au profit de ces chefs administratifs.

Il est temps de se demander s’il n’est pas nécessaire de rendre justice à l’histoire et de rétablir la légitimité coutumière. La question fondamentale demeure : faut-il continuer à entretenir cette injustice héritée des temps coloniaux ou redonner à chaque communauté le droit de déterminer ses propres leaders selon ses traditions et sa légitimité historique ?

Djawuro

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